Editorial de la revue Vers l’Education Nouvelle N° 556 " A Propos du décrochage scolaire"
Le changement, c’est maintenu ?*
Jean-Luc Cazaillon Directeur général des Ceméa

Depuis l’élection de François Hollande, le gouvernement a fait de la refondation
de l’école l’une de ses priorités. Un vaste chantier a ainsi été ouvert suscitant chez
les enseignants, les parents d’élèves, les élus locaux, les acteurs du monde associatif
des espoirs, des questions par endroit, mais aussi des réactions diverses et paradoxales.

* Titre emprunté à
Philippe Watrelot.
Ainsi s’intitulent
les assises de
la pédagogie
organisées
le 21 octobre
dernier par le
CRAP - Cahiers
Pédagogiques.

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Celles-ci reflètent tout à la fois l’extrême sensibilité sur les questions éducatives (jamais
l’éducation n’aura été autant au centre des débats dans les territoires), mais aussi
la grande diversité des intérêts contradictoires présents dans les expressions de chacun
de ces acteurs. Entre une partie de la population frappée par l’exclusion et la pauvreté,
la désinsertion des couches moyennes en voie de déclassement et des catégories
supérieures toujours plus supérieures, les inégalités se sont accrues ces dix dernières
années. La tendance dominante est au repli sur soi et, pour certains, à la préservation de
ce qu’ils pensent être leurs acquis même si cela se fait au détriment du plus grand
nombre. Si l’on ajoute à ce constat les phénomènes d’amplification médiatique liés à
la capacité de mobilisation de certains groupes de pression particulièrement intéressés
au maintien du statu quo ou à la promotion d’idées réactionnaires, on comprend les
obstacles qu’il faut encore lever pour que cette refondation puisse produire ces effets.

Mais il était une autre priorité, celle de la jeunesse. Un premier comité interministériel
de la jeunesse (CIJ), plusieurs mesures… Et puis, le silence ! Ambition déçue d’une
politique jeunesse concertée, conduite, élaborée et considérant toutes « les » jeunesses.
En 2012 puis en 2013 nous nous demandions : « Y a-t-il une politique publique,
nationale, de la jeunesse, concernant toutes les jeunesses ? » Certes des concertations
interministérielles ont eu lieu, certes elles ont conduit à un plan d’action centré sur
l’aide aux jeunes qui vont bien ou qui ne vont pas trop mal.
Et pour les autres : rien. Pas de politique volontariste de soutien aux plus précarisés.

Mais il était un autre espoir, celui d’une politique culturelle ambitieuse marquée par la
volonté d’engager de nouvelles relations avec les associations d’Éducation populaire.
Nous nous sommes réjouis dans un premier temps… mais la forme de cette concertation,
réduite au minimum, nous surprit et nous déçut au vu des enjeux éducatifs et culturels
d’ailleurs non traités encore aujourd’hui.

Alors au moment où l’Éducation est en profonde mutation, où les enjeux liés à la
Jeunesse et aux pratiques culturelles et artistiques sont encore à définir, à la veille
d’actes importants liés à la décentralisation, dans un contexte où les questions liées au
champ du travail social laissent augurer du pire, quand les politiques nationales sont de
plus en plus articulées aux enjeux de l’Europe, nous ne lâchons rien.

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