"Un sommet de la honte"

Nous sommes toutes et tous Charlie,
Nous sommes toutes et tous Paris,
Nous sommes toutes et tous Bruxelles,
Qui serons-nous demain ?

Ces événements nous touchent parce qu’ils atteignent une part d’intime en chacun de
nous. Nous savons désormais que nous ne sommes pas seuls face à cette réalité brutale et
inquiétante. Nous luttons chaque fois davantage pour ne pas sombrer dans le repli sur soi
et l’isolement.

Relions-nous, parlons-nous ! Cultivons cette sincérité qui s’exprime une nouvelle fois
aujourd’hui parce que les émotions nous envahissent. Et puis, prenons le temps de la mise
à distance, de la réflexion. Reprenons la maîtrise du temps de l’analyse, de la perspective,
de l’action politique. Cultivons cette singularité en chacun de nous et cette authenticité
aux autres, cette conscience des autres et le désir d’entrer en relation. Exprimons encore,
affirmons toujours ce qui fonde l’engagement, les valeurs humanistes de l’Éducation
nouvelle et de l’Éducation populaire.

Continuons à nous chahuter, à nous provoquer, à nous alerter sur la tentation de construire
et d’imposer des certitudes péremptoires. Refusons la cristallisation du sens commun,
le simplisme et plus globalement ce qui empêche, entrave la liberté d’expression et l’indépendance
de pensée.
Il appartient aux militant.e.s qui s’y réfèrent de faire vivre dans les pratiques ce qui relève
des fondements philosophique et politique de l’Éducation nouvelle. À chacun d’entre nous
de faire en sorte de cultiver dans nos actions les nuances portées par l’impertinence,
l’insolence, les partis-pris radicaux à l’opposé des projets mortifères et criminels. À tous les
citoyens de garantir les libertés de consciences et de cultiver une certaine forme
d’« intranquillité » de penser.

À l’image de ce qu’écrit Geoffroy Carly, directeur des Ceméa de Belgique :
« Les deux dernières années ont été marquées par des atrocités là où nous ne les attendions
pas… Dans nos lieux culturels ou de loisirs, dans nos lieux de passage, dans ce qui quelque
part nous rend probablement plus libres que d’autres. Probablement trop loin des saloperies
qui se jouent, au quotidien, çà et là. On sent tous qu’il y a un « un truc qui cloche ».
Nous continuons cependant, préférant l’évolution à la révolution. Une patience exemplaire.
Mais la frustration monte, de toutes parts et, sur le terreau des inégalités et des injustices,
se développent les discours enivrants et les faits souvent opposés et décomplexés.
Une urgence politique s’impose, préférant les principes mis en actes face à tous les conservatismes
qui pensent avoir raison parce qu’ils sont face à ce qui n’existe pas encore. »
Je m’associe aux propos de Geoffroy Carly, faisant ainsi nôtre la conclusion de son
message : en serons-nous capables ? n


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