Cahiers de l’animation n° 97 - Manger...Une activité -
L’animation, au prisme du périscolaire
Laurent Michel

La massification de l’accueil périscolaire nécessite des besoins
importants d’encadrement et pose la question de la formation
des acteurs et de leur professionnalisation. À 80 ans d’écart le phénomène
n’est pas sans rappeler celui qui a présidé à la création des Ceméa avec le développement
des colonies de vacances.

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« S’il avait été difficile de naître, il serait plus difficile
encore de grandir.
 » Ainsi commence le récit que fait Gisèle
de Failly de la création d’un premier centre d’entraînement
à l’occasion des congés de Pâques 1937 pour former ceux
que l’on désignait alors par le terme de surveillant des colonies
de vacances et que l’on ne tarderait pas à appeler
moniteur après que l’idée de formation ait fait son chemin.
Quatre-vingts ans plus tard, c’est aussi le sentiment d’une
croissance difficile qui prévaut pour celles et ceux qui encadrent
le périscolaire, vocable que la fondatrice des Ceméa
employait déjà lorsqu’elle rédigeait cette chronique d’une
naissance : « Ce n’était que du périscolaire. Manger, dormir,
respirer le bon air. Quelques recettes suffisaient et il n’était
pas trop inquiétant d’en confier la transmission à des éducateurs
d’occasion, je veux dire : qui n’avaient pas reçu
le label de l’école normale. » C’était le temps des pionniers
des colonies de vacances et le seul métier d’éducateur donnant
lieu à une formation était alors celui d’instituteur.
À bien y regarder, la situation du périscolaire des années
2010 n’est pas sans quelques similitudes.

LE BOOM DU PÉRISCOLAIRE

Le décret du 1er août 2016 est venu refermer la période
exploratoire de trois ans prévue pour la nouvelle organisation
des temps périscolaires scellant ainsi, sans débat ni concertation, les choix pris dès 2013 quant au projet
éducatif territorial et aux taux d’encadrement dérogatoires.
La période prend des allures de miniséisme dans
le secteur de l’animation et vient percuter un processus
ancien mais lent de professionnalisation. La variante
périscolaire de l’accueil de loisirs, créée il y a dix ans,
s’est fortement développée notamment à partir de
2013 avec la réforme des rythmes. Les accueils périscolaires
déclarés sont passés de 12 000 en 2007 à 32 000
aujourd’hui pour plus de 3 millions d’enfants accueillis.
Pour les encadrer le nombre d’intervenants a bondi
de 111 921 à 246 531, majoritairement titulaires d’un
brevet de l’animation volontaire (51 % de Bafa-Bafd).
Les autres intervenants sont titulaires d’un diplôme de la
filière JS (Bapaat, Bpjeps), de la fonction publique territoriale
ou de la branche (CQP). On compte également
18% d’intervenants sans formation.
Les besoins d’encadrants sont conséquents et la nécessité
de les former pas moindre. Le calendrier et les choix
budgétaires n’ont permis qu’une mise en place à
marche forcée. Il s’est alors agi d’inventer de nouvelles
fonctions, celles d’animateur périscolaire, dans un cadre
souvent très contraint : gérer des flux d’élèves, quotidiens
mais de courte durée, dans des lieux partagés aux
ambitions éducatives pas toujours élucidées. Et c’est sans doute ce qu’il nous faut retravailler prioritairement
 : que veut-on pour ces temps ? Et s’il
s’agissait tout simplement d’un temps de repos et
de loisirs ? Un temps de l’entre-enfants où l’essentiel
du travail des animateurs consisterait en la
mise en place, l’entretien, l’accompagnement à la
découverte et le développement d’un milieu riche
propice aux activités enfantines, des activités à
l’initiative des enfants mais suggérées par un
milieu travaillé ?

QUEL PROJET POUR QUEL MÉTIER ?

Des situations forcément différentes d’une école à
l’autre tant l’environnement détermine les possibilités
et les conditions de l’activité. De la même
manière, pour penser le cadre des animateurs,
sans doute ne faut-il pas de normativité excessive
pour s’adapter aux situations très différentes d’un
périscolaire à l’autre. Faut-il uniquement des professionnels
ou veut-on encore faire une place à
une dynamique sociale dans une démarche d’éducation
populaire ? Peut-on réalistement professionnaliser
l’ensemble des intervenants périscolaires
 ? Quelles situations permanentes de travail
est-il possible de mettre en place quand une
grande part de ces emplois sont à temps partiel ?
Quant à la formation, faut-il prioriser la formation
initiale ou engager un travail de qualification s’appuyant
sur les acquis de l’expérience dans le cadre
de formations en alternance ?
Des questions auxquelles il est peut-être aujourd’hui
plus difficile de répondre qu’en 1937 – si
nous reprenons notre situation de départ – tant
l’initiative sociale semblait portée par le souffle
d’une espérance. Justement ! Et si, pour retrouver
des vents portants, il nous fallait réexaminer la
question éducative à la lumière d’un projet de
transformation sociale plus que d’accompagnement
d’un réel limité au seul besoin de garde ?

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