Trop de projet ?
Texte d’Alain Gheno, Rédateur en chef des Cahiers de l’Animation

Article extrait du n° 65 des Cahiers de l’Animation : voir le sommaire ici

Aujourd’hui, qui n’a pas son projet ? Dans notre domaine
aussi, il y a inflation. Des notions de projet éducatif à projet pédagogique,
nous sommes arrivés à un empilage de projets, d’activités, de fonctionnement, de vie collective,
d’organisation, de je ne sais quoi encore, souvent sans liens, électrons libres de procédures
artificielles.

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Dans les structures de vacances et de loisirs collectifs,
toute l’organisation, puis la vie même des centres sont basées
sur le projet pédagogique. C’est de lui qu’on entend le plus
souvent parler. Or, il ne peut y avoir de projet pédagogique
sans projet éducatif. Affirmation péremptoire, mais évidence
première ! Le projet éducatif, appelé encore projet politique
est ce qui donne sens. C’est ce qui va permettre ensuite, à
l’action d’exister. Le projet éducatif est de l’ordre de l’intention,
philosophique ou idéologique. C’est ce qui, à l’origine, a
fondé l’action. Il y a toujours une intention derrière un projet.
Ce n’est jamais par hasard qu’une organisation, municipalité,
comité d’entreprise, structure de quartier, association ou
coopérative, ou toute autre forme, décide d’organiser les
vacances ou les loisirs d’enfants et de jeunes. Derrière l’intention
la plus anodine, il y a de l’idée, du sens, une vision du
monde, de la société. Et comme nous sommes dans le
domaine du projet, il y a toujours une idée de transformation,
ou de construction. Et comme plus avant encore, ces projets
s’adressent à des enfants et des jeunes, cette transformation,
inéluctable, porte les germes de la société de demain. D’un
seul coup, le fameux projet éducatif dont malheureusement
on parle trop peu prend toute sa dimension. Sans lui, pas de
pistes de travail pour construire le projet pédagogique, qui
D
n’est, et ne doit être que la mise en acte des intentions,
des buts à atteindre du projet éducatif. On
comprend bien que des projets pédagogiques sans
liens avec un projet éducatif ne peuvent être, y compris
à partir des meilleures intentions possibles, qu’à
la dimension d’une équipe dans le meilleur des cas,
du seul directeur dans le pire des cas. La garantie
éducative impose le projet éducatif, au risque sinon
de soumettre les enfants et les jeunes aux diktats
d’actes individuels sans cohérence.
Dans les projets éducatifs doivent apparaître des
termes forts, indiquant formellement les buts à
atteindre. Bien souvent ces termes restent trop
vagues, les intentions trop floues. Il est difficile pour
les équipes d’encadrement des séjours de concrétiser
ces intentions, ou plus exactement, il devient très
facile d’en faire n’importe quoi. Et le projet pédagogique
sera de fait inévaluable. Or un directeur,
puisque ce sera souvent lui qui négociera en amont
avec l’organisateur, doit pouvoir soumettre les
grandes lignes de sa mise en oeuvre du projet éducatif.
Et un organisateur doit pouvoir percevoir dans les
prémices du projet pédagogique la manière dont ces
intentions éducatives vont être concrétisées. C’est à
partir de cette rencontre, de cette négociation que le
séjour va se monter. Il paraît impensable, encore une
fois pour une question de garantie éducative qu’un
directeur, puis une équipe puisse faire n’importe quoi
à partir d’un projet éducatif trop flou (quand il existe
formellement). Et si les équipes d’encadrement successives
participent à l’évolution du projet éducatif,
qui de ce fait reste quelque chose de vivant, en lien
constant avec l’évolution des pratiques sociales, c’est
au travers de l’analyse de leurs mises en actes successives,
de tâtonnements, de recherche action. Mais
certainement pas à coups de force dissimulés, de
« cause toujours tu m’intéresses » cachés derrière des
sourires condescendants, de « une fois sur place, je
ferai bien ce que je veux », quand on est pas dans le
domaine des « c’est moi le pédago, je vais lui
apprendre moi, à cet organisateur ce que c’est qu’un
centre de vacances ou de loisirs » ! Fichtre ! Parions en
toute sérénité que de tout temps les organisateurs ont
su, à défaut de ce qu’était un centre de vacances, ce
pour quoi ils le créait. Peut-être est-il temps de toiletter
les projets éducatifs. De dire qu’ils sont travaillés et mis
en place pour une durée déterminée. Qu’ils précisent
formellement le public auquel ils s’adressent, dans quel
cadre social. Qu’ils précisent l’intention de transformation
ou d’évolution de la société. Il est banal aujourd’hui
de stigmatiser tel projet éducatif réclamant haut
et fort l’accès à l’autonomie, voire l’autonomie tout
court, ou encore le respect de l’environnement, et le
projet pédagogique en découlant privilégiant un
voyage à l’étranger en transport en commun, toutes
journées minutées, essaimant ses émanations de
gazole à tout vent. Les enfants et les jeunes, tout
autant que les équipes d’encadrement ont besoin de
cohérence pour progresser. Les projets pédagogiques,
construits à partir des projets éducatifs doivent être
cohérents. Jusqu’à l’aboutissement des actes.
Pour illustrer le propos : quelle cohérence peut-il y avoir
entre les intentions d’autonomie (encore !), de liberté,
de citoyenneté d’un projet éducatif, et l’interdiction
formelle dans les séjours de se servir d’un couteau
(pour les plus jeunes), de monter aux arbres (anecdotiques),
ou de participer à des réunions voire d’organiser
soi-même ses journées ? On le voit, il doit être
impossible à un directeur ou à une équipe de transformer
les intentions du projet éducatif. Les directeurs, et
les équipes qu’ils vont mettre en place, sont au service
du projet éducatif. Les projets pédagogiques sont les
illustrations successives d’un projet éducatif. C’est
quand les projets pédagogiques sont au plus près des
intentions éducatives des organisateurs qu’ils permettent
à ceux-ci de faire évoluer leur projet. C’est en cela
que le projet éducatif est un élément formateur des
directeurs et des équipes d’encadrement. Agissons !


20/04/2009




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