Le parapluie ou le mauvais objet ( Ca n° 71 - Juillet 2010 )
Alain Gheno

Dans
un temps
où le projet
prévaut
sur l’acte,
où l’intention
se suffit,
où l’activité
n’est qu’un
objet, où
le sens
des vacances
collectives
disparaît
dans de trop
abstraites
joutes
oratoires,
où il s’agit
souvent plus
de se souffleter
à coups de
responsabilités
non assumées,
il peut être
intéressant
de recentrer
ces « débats »
sur leur objet !


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Dans le meilleur des mondes possibles (des accueils
collectifs de mineurs !), les organisateurs organisent, les
directeurs dirigent, les animateurs animent etc. etc. et
tout devrait aller pour le mieux. La suite logique aurait
pu être : et les enfants et les jeunes en profitent ! Une
des dérives possibles – bien entendu dans un modèle
théorique – est cette tentation millénaire d’aller chercher
dans l’oeil de l’autre la poutre qu’on ne voit pas dans le
sien. Or cette dérive n’est pas que dans un monde virtuel,
malheureusement ! Moi, si j’étais organisateur je ne
ferai pas comme ça, bougonnent les directeurs (qui
pourtant ne pourraient pas diriger sans les séjours organisés !),
et moi si j’étais directeur je Dirigerai Môssieur (ou
Madame !), je n’ouvrirai pas sans arrêt le parapluie de
mes peurs ! Je majusculiserai la fonction ! Et les uns de
renvoyer les autres à l’excès de leur prise en compte de
l’environnement culturo-sociétalo-mondialisalo-économique,
ces mêmes autres ironisant sur la frilosité, voire
l’incompétence pédagogique de ces uns. Nous ne parlerons
pas du jeu qui sévit à l’identique entre directeurs et
animateurs : en chaque animateur sommeillant un directeur
et en chaque directeur une réminiscence de quelques souvenirs d’animation... Il importe, au
moment où vont s’ouvrir des milliers de séjours, qui
permettront à des millions d’enfants de passer des
vacances pleines de repos, de plaisirs, d’aventures et
de vrais apports éducatifs, de resituer quelques points
socles.

NE PAS SE TROMPER DE CIBLE
Tous les adultes, mais aussi toutes les structures, les
organisations qui vont de près ou de loin, organiser,
gérer, diriger, animer les accueils collectifs de mineurs
le font sur la base d’un projet politique, ou éducatif –
la différence de lecture n’étant après tout qu’une différence
de focale ! Avant donc de se voler dans les
plumes au nom de sacro-saints principes qui n’ont plus
de principes que le sacro-saint, il conviendrait que chacune
des parties concernées étudient ce même projet.
Chaque organisateur a l’absolue liberté d’organiser la
forme de séjour qui correspond à ses principes. Mais,
chaque directeur a l’absolue liberté, et l’absolu devoir
de bien négocier sa participation à l’entreprise – au
sens construction. Il est le bras actif du projet de l’organisateur. Il ne peut pas, engagé dans l’action,
reprocher à cet organisateur ce qu’il a accepté,
contractuellement en plus, de mettre en oeuvre.
À moins de tromperie sur la « marchandise » !
Il importe que chaque directeur mesure bien le fait
que sans le projet éducatif de l’organisateur, le projet
pédagogique idéal qu’il porte n’aurait aucun
sens, aucune valeur parce que totalement coupé
d’une réalité de terrain, donc de publics. Pour
autant, pas un organisateur ne devrait pouvoir
reprocher à un directeur de ne pas avoir osé dépasser
des limites que lui même a installées. Acteurs
complémentaires d’un projet politique commun
pour les vacances et les loisirs collectifs, c’est possible
 ? Si oui, ça tient de la relation, de la construction
commune, de la non-instrumentalisation de
la dynamique unique qui continue de fonder
les ACM ! Il est impossible, pour cause justement
de projets et d’ambitions éducatives, de confondre
un stage d’activités pour jeunes ou adultes, un
voyage touristique, un séjour linguistique, un
échange de jeunes et tous autres programmes et
organisations y compris de loisirs, avec l’entité et
l’objet Accueil Collectif de Mineurs !
Il ne faut pas oublier que pour ce qui concerne
notre pays, cette organisation unique est institutionnellement
organisée, qu’elle se construit sur un
projet éducatif obligatoire, et qu’historiquement,
elle est une activité institutionnellement organisée
au même niveau que l’école, avec les mêmes
ambitions sociales et sociétales, voire de fait, républicaines.
Il ne faut pas oublier que les vacances
collectives d’enfants et de jeunes sont considérées
comme faisant partie de l’éducation, de ce qui
soude et dynamise un collectif, ce qui alimente une
citoyenneté. Grands mots et grands principes ?
Oui ! Mais qui, remis au coeur des préoccupations
qui ouvraient ce petit texte, les resituent à une
autre échelle... Bonne vacances donc à tous
les bénéficiaires heureux des ACM de cet été.


31/07/2010




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