"Histoire de familles"- Editorial : Démocratie-s, folie-s - VSt 110

Écrire cet éditorial début avril pour qu’il paraisse en juin n’a rien de simple,
ni d’évident. L’atome qui échappe, les pays arabes qui s’enflamment,
et en France l’extrême droite qui s’installe ; qu’en sera-t-il dans deux mois,
à la publication de ce texte ? Et comment parler du social et de la santé
en France sans parler de tout cela aussi ?


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Des peuples réclament la démocratie au risque de leur vie, pendant que
d’autres ne vont pas voter. Depuis des dizaines d’années, un mégalomane
dirige et opprime un État dans l’impunité internationale à peu près
totale, mais sa folie de toujours explose brutalement sur les écrans. Et
comme l’opinion internationale ne tolère pas ce dévoilement public, le
voici d’un coup inacceptable pour les gouvernements démocratiques.
Pendant ce temps-là des hyper-techniciens si rassurants (« tout va bien,
le risque est négligeable ») perdent le contrôle d’un chaudron infernal.
Cette démocratie-là, faite d’opportunisme politique et de désinformation,
n’est brandie comme un drapeau que dans son acception minimaliste,
réduite au sens du majoritaire, à partir de majorités construites
sur l’écho émotionnel, en dehors de tout débat de fond.
Il s’agit du village-monde et de ses rues lointaines. Mais chez nous, une
loi sécuritaire de plus est votée sans scrupules sauf de détails par les élus
du parti au pouvoir, et il faut que le Conseil constitutionnel intervienne
pour en rejeter les aspects les plus aberrants, les plus… fous. Et les mêmes
élus, du même parti, s’engagent actuellement dans une nouvelle loi sécuritaire,
encore une, sur la psychiatrie cette fois. Les professionnels et les
familles en disent le grand danger, mais non : il y a des électeurs à flatter,
un imaginaire de danger permanent à créer et à entretenir, qui, par
effet dérivé, légitime toutes les outrances de la démocratie au rabais que
propose le parti de l’ordre nouveau.
Démocratie, encore et toujours ? Bien entendu. Mais la démocratie estelle
une protection en tant que telle ? En France, les lois d’exclusion, d’attaques
sociales et de sécurité ont été votées démocratiquement, par des
assemblées démocratiquement élues. Démocratie : ne s’use que si l’on
ne s’en sert pas. C’est que la démocratie réduite à la peau de chagrin
de l’opinion majoritaire ne peut plus être un idéal, fût-elle participative.
Elle devient une outre vide, au mieux une chiffe molle. La démocratie, pour produire le lien social qu’on attend d’elle, ne peut être qu’un combat
permanent, faute de quoi elle se dissout dans la démagogie, le populisme,
le simplisme : dans l’aliénation. Et démocratie, oui, mais alors démocratie
à tous les niveaux, et pas seulement élective et délégataire :
démocratie d’interpellation, de débats et de contrôles collectifs, d’engagements
citoyens pas que le jour des élections. Interpellation,
contrôle, oui, car il y a aussi malaise dans la démocratie quand des représentants
élus se prennent pour des « élus » tout court, coupés des intérêts
de leurs mandants.
Alors, quelle démocratie dans le champ professionnel ? Quelle place pour
les professionnels de l’action sociale et de la santé dans ce qui bouge
actuellement ? Retour du médico-social dans la santé, primat des critères
financiers sur les critères cliniques, individualisation du rapport avec
l’usager au détriment de son inscription dans des groupes et des collectifs…
il y a de quoi faire !
Certains clament leur indignation et leur résistance, pourquoi pas ? Mais
qu’est-ce à dire ? Car si ces mots devenus fétiches permettent de penser
exister, et de se couler dans un nouveau conformisme « citoyennement »
correct, que conduisent-ils à faire dans le concret des situations professionnelles
et des organisations professionnelles, syndicales, politiques ?
Résister, c’est y faire vivre la démocratie à son niveau, sur ce qu’il est
possible d’engager là, tout de suite : ne plus parler de « contrat » mais
de solidarité, chercher à ce que les usagers-patients-malades… se regroupent,
soient des collectifs constructifs, agissants, et non plus des individus
isolés ; c’est aussi échanger, partager, construire collectivement des
réflexions et des pratiques… Chiche ?
Restera la folie. « Faire une place à la folie », dit La Nuit sécuritaire. Ne
pas la cacher, ne pas se faire croire qu’on va la soigner avec des pilules
bleues trois fois par jour, ou en traitement retard. Ne pas en avoir peur.
Lui faire place dans la vie, place au fou comme place à l’acceptation de
l’irrationnel des conduites, de certaines de nos conduites. Restera la folie,
parce qu’encore et toujours elle est aussi le symptôme des petits et des
grands dysfonctionnements des sociétés. Restera la folie parce qu’elle
est le produit d’une tentative désespérée, mais terriblement résistante,
de rester un peu soi et en vie.
Alors, plutôt que de renforcer une société de la peur ou de l’exclusion,
de la rationalité totale, ou au contraire une société d’égalité illusoire du
tous différents mais tous égaux qui arase les différences et nie les rapports
de force, restera à construire une société… tout court, où chacun puisse
exister. Y compris les mégalomanes et les apprentis sorciers, mais pas à
des postes dirigeants où ils sont si utiles à la domination de l’homme par
l‘homme appuyée sur les votes démocratiques de majorités effrayées.
FRANÇOIS CHOBEAUX


26/05/2011




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