05/09/2012
Éducation populaire : le retour.

Jacques Ladsous (VST 115)


Participant à la journée d’hommages à Françoise Tétard, en septembre dernier, j’ai été frappé par le nombre de gens qui sont venus faire acte de présence, au nom de l’éducation populaire dont elle fut l’une des historiennes. Ensemble, mais dans le silence et le recueillement, nous avons médité sur cette énergie autour de laquelle se sont regroupés animateurs de jeunesse, et animateurs sociaux, pour restaurer le pays avec toutes les forces visibles ou cachées utilisables… et nous nous sommes efforcés, dans nos discussions, de trouver dans la société d’aujourd’hui les ingrédients d’une reprise.

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Justement, il y a quelques jours, des amis japonais, en visite chez moi, nous racontaient comment le séisme qui les a frappés a révélé des solidarités qu’ils n’attendaient pas chez leurs compatriotes. C’est que cette solidarité que l’on croyait morte s’était simplement endormie dans le confort et l’abondance, et s’est réveillée devant la nécessité. D’où leur désir de relancer avec force l’éducation populaire, en exaltant sa gratuité, son sens collectif, son partage des savoirs, cette présence à l’autre qui empêche de considérer que la performance est l’objectif premier d’une éducation.
Dans un récent papier paru dans les Actualités sociales hebdomadaires, je disais bien que cette valeur était en sommeil, et qu’il suffirait de peu de choses, peut-être, pour qu’elle réapparaisse. Et il me semblait sentir comme un frémissement dans certains organismes, dans certaines associations, dans certains mouvements, un frémissement de retrouver le plaisir, je dirai même la joie de progresser ensemble. Les inégalités sociales sont arrivées à un tel point qu’il n’est plus possible de favoriser les forts en laissant crever les faibles.
L’éducation populaire, c’est la possibilité de faire émerger de ceux qui se croient largués, abandonnés par les autres, le potentiel qui les réinstalle parmi les vivants. L’éducation populaire, c’est cette certitude que nous avons tous quelque chose à dire, quelque chose à donner, quelque chose à recevoir. L’éducation populaire, c’est la reconnaissance des savoirs de chacun – savoirs qui servent de moteur pour la promotion des autres. L’éducation populaire, c’est le développement de tous, les uns par les autres, les uns avec les autres. Faut-il attendre d’autres catastrophes, d’autres cataclysmes, pour la retrouver au fond de nous-même, comme une valeur collective et commune ? Puisse ce frémissement léger se transformer bientôt en vent tranquille, irradiant de son souffle tous nos freins humains.
Nous, les aînés, qui avons connu son développement et profité de ses avantages, il est bon que nous sachions souffler calmement sur cette braise naissante pour que les jeunes générations en retrouvent l’exercice permanent. Et vous, les jeunes, ne résistez surtout pas à l’aventure qui consiste à réussir ensemble. Vous y trouverez la nourriture quotidienne qui permet de dépasser les obstacles, et de ne laisser personne croupir dans une solitude misérable.
Et voilà que le frémissement se confirme. Le Centre national des arts et métiers (CNAM) vient de consacrer deux journées à un colloque sur ce thème, où sont intervenus de jeunes et de vieux militants. Il ne s’agissait pas d’évocations historiques, mais bien de mise en oeuvre au présent. Et j’ai été heureux d’entendre reformuler ce slogan qui traduit l’éducation populaire : « Par le peuple, avec le peuple, pour le peuple ».
ATD Quart Monde continue tranquillement, mais en les approfondissant à chaque nouvelle rencontre, les démarches de sa campagne en faveur du croisement des savoirs, des pratiques et des pouvoirs. Son université populaire, « La cave », a une bonne fréquentation et semble vraiment aider les personnes qui y viennent s’affirmer, croire à la vertu des échanges, ne plus mépriser la parole, à partir du moment où les discours sont intelligibles.
Le séminaire organisé par MP4 (Mouvement pour une parole politique des professionnels du champ social), le MILH (Mouvement interdisciplinaire pour un humanisme laïc) et le Cédias (Centre d’étude, de documentation, d’information et d’action sociale) s’est terminé il y a deux mois par l’idée de reprendre les universités populaires, et je viens de participer à Toulouse (cinquante participants) au lancement de l’une d’elles. Ce n’est déjà plus un frémissement, mais un réveil. Alors que ses propositions originaires devraient être détournées par le marché de la formation continue, voilà que l’éducation populaire redevient, pour de nombreux militants, non seulement un recours mais une obligation ardente.




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