Tous les articles de :
  • Anne Sabatini
  • Sylvie Clabecq
  • Blandine Mencion
  • Naissance des Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE)
    Anne Sabatini, Responsable nationale du secteur école Sylvie Clabecq, Blandine Mencion Chargées de mission secteur école

    article paru dans la Revue Vers l’Éducation Nouvelle n°552, Voir le sommaire et commander le numéro

    Acte I : la concertation

    Il était une fois un gouvernement nouvellement
    élu, plein de « bonnes » intentions
    en matière d’éducation. Afin de réussir au
    mieux une réforme annoncée dans son
    programme pour la grande élection, réforme
    que l’on nomma Refondation de l’École,
    son ministre de tutelle mit en place une
    grande Concertation. Il y invita tous ceux
    et celles qui avaient une implication, quelle
    qu’en soit la raison, dans l’école : les représentant-
    e-s des personnels de l’EN (vaste
    palette de professionnel-le-s de tout poil :
    enseignant-e-s des 1er et 2nd degrés, infirmièr-
    e-s, CPE, chef-fe d’établissement, AS...),
    représentant-e-s des parents d’élèves, des
    elu-e-s, des associations complémentaires
    de l’école publique et des mouvements
    pédagogiques, dont les Ceméa, sans oublier
    les élus lycéen-ne-s et étudiant-e-s...
    Il y convia aussi les EXPERTS : des chercheurs
    et chercheuses universitaires, en sciences
    de l’éducation notamment mais pas que...
    qui pouvaient éclairer les chandelles ; de
    sages retraité-e-s dont les expériences pouvaient
    alimenter la réflexion, des journalistes
    spécialistes des questions d’éducation...
    Il y ajouta enfin des représentant-es de son
    ministère, personnes ressources ayant une
    connaissance affinée des dossiers ainsi que
    leurs collègues de 22 autres ministères...
    La Concertation dura de juillet à fin septembre
    2012 et s’organisa autour de quatre
    grands groupes dont un, intitulé « Des personnels
    formés et reconnus », concernait
    entre autre la formation des personnels de
    l’Éducation nationale. L’objectif de la
    démarche était de rassembler le plus largement
    possible les points de vue afin de
    « définir les grands choix éducatifs nécessaires
    à notre pays »1. Le 9 octobre 2012, ultime
    étape de l’acte premier de la Refondation,
    un rapport issu de tous ces temps d’échanges
    donnait les orientations qui allaient inspirer
    le projet de loi. Ce petit rappel de l’histoire
    récente ne serait pas complet sans les précisions
    qui suivent : des tentatives d’organisation
    de temps de concertation ont été
    réalisées en région mais le plus souvent
    dans la précipitation, le désordre et sans
    doute pour essayer de prévenir la grogne
    de ceux et celles qui se sentaient floué-e-s
    parce que pas, ou pas assez, associé-e-s à
    ce moment « historique ». Nous voulons
    parler en particulier des enseignant-e-s.
    Certes, certain-e-s d’entre eux et elles
    avaient été invité-e-s pour faire part de
    leurs (sans doute bonnes) pratiques. Certes,
    leurs représentant-e-s syndicaux étaient
    présent-e-s. Mais l’immense majorité des
    professeur-e-s des premier et second degrés,
    tout comme l’ensemble des autres personnels,
    n’a pas participé à ce premier « round ».

    Acte II : le projet de loi

    Parmi les « 25 mesures clés » du projet de
    loi, la création des ESPE et la formation initiale
    pour les enseignant-e-s et les personnels
    d’éducation consiste à « mettre en place
    une nouvelle formation initiale et continue
    aux métiers du professorat et de l’éducation
    et faire évoluer les pratiques pédagogiques » 2
    Évidemment, nous ne pouvions que partager
    l’idée d’un rétablissement de la formation
    initiale des personnels l’Éducation nationale
    disparue depuis 2010 ! Aurions-nous pu
    envisager qu’un médecin ne soit pas formé,
    qu’un pilote d’avion ne soit pas formé ?
    Comment notre société avait-elle pu tolérer
    que l’éducation tombe si bas, que l’on
    méprise aussi ouvertement ses profs, en
    particulier ? Les Ceméa ont participé autant
    qu’ils ont pu avec d’autres, notamment au
    sein du CAPE (collectif des associations
    partenaires de l’école publique), à la mise
    en place des ESPE. Mais avec une vision
    particulière, plus ouverte et peu, voire pas,
    partagée de ce E final d’ESPE : Éducation.

    Qui sont les professionnel-le-s de l’ÉDUCATION ?
    Les seuls enseignant-e-s et leurs collègues
    CPE ? Nous ne pouvions nous résoudre à cette
    réduction du terme ! La France cultive une
    singularité qui nous questionne : la segmentation
    des métiers de l’éducation, de l’animation
    et de l’action sociale. Les Ceméa, dont le coeur
    des actions et réflexions tourne autour de la
    formation, ont une expérience massive et
    ancienne non seulement dans la formation
    mais aussi dans l’accompagnement des enseignant-
    e-s, des éducateurs et éducatrices, des
    animateurs et animatrices, des intervenants et
    intervenantes éducatifs et même des parents.
    De ce fait, nous voyons les indispensables
    passerelles à construire pour répondre aux
    enjeux d’avenir et donner une vraie cohérence
    aux politiques publiques d’éducation. C’est
    pourquoi, le rattachement des ESPE aux universités,
    sans réelle autonomie, nous a semblé
    une aberration en soi. Sans parler des zizanies
    que ce choix a pu déclencher ici ou là, entre
    universités d’une même ville ! Les luttes d’influences
    et les rapports de force ont parfois
    aggravé ou ravivé des tensions latentes. Les
    ex-IUFM (instituts universitaires de formation
    des maîtres) ont joué des coudes pour ne pas
    tout perdre dans la manoeuvre. Bref, les
    énergies ont été plus brûlées à la défense des
    territoires, des intérêts des structures et de
    leurs budgets qu’à la réflexion sur la mise en
    place d’une formation nouvelle, de qualité,
    ambitieuse, ou tout simplement cohérente !
    C’est dans ce contexte que les pré-projets ont
    été construits, négociés, avalisés pour certains,
    revus pour d’autres. Tout cela avec le temps
    qui pressait, on était déjà fin juin et des
    projets n’étaient toujours pas acceptés alors
    que la rentrée approchait à grand pas !
    Mais parlons pédagogie, concours…
    Avec d’autres (nos partenaires du CAPE notamment),
    nous avions argumenté pour un
    concours en fin de troisième année de Licence
    ce qui permettait de faire des deux années de
    Master, un véritable temps de formation professionnelle
    avec alternance temps de formation-
    temps de pratique qui aurait permis de
    diversifier les terrains de stages, considérés
    comme une première expérience professionnelle,
    de mener une analyse approfondie des
    différentes situations rencontrées et de
    travailler les articulations fondamentales entre
    apprentissages didactiques et pédagogiques.
    De même, ce choix rendait possible une augmentation
    progressive de la prise en responsabilité
    d’une classe. Mais face aux défenseurs
    du concours en fin de Master 2 (une catastrophe
    pour ceux et celles qui croient encore
    en la possibilité d’ouvrir ces concours aux
    étudiant-e-s issu-e-s de classes socio-professionnelles
    les plus défavorisées), le gouvernement
    a choisi de le placer en Master 1.
    Et l’année suivante (l’année de Master 2), les
    étudiante-s ayant réussi le concours devront
    obtenir leur master, préparer et soutenir un
    mémoire de recherche tout en étant à mitemps
    devant les élèves. Des conditions pires
    qu’avant 2010 pour entrer dans le métier.
    Finalement, qu’est-ce qui a changé par rapport
    à la formation en IUFM ? Moins de temps de
    formation, plus de pouvoir aux universités et
    de ce fait, nous le craignons, la prépondérance
    accordée aux contenus purement disciplinaires.
    De plus, le modèle universitaire, peu enclin à
    travailler avec l’éducation populaire, a pu
    conduire par le passé à une certaine uniformité
    paralysante des pratiques. Alors même que
    la formation aux méthodes nous semble
    déterminantes : apprendre à travailler en
    équipe, à coopérer, à réaliser des évaluations
    autocritiques, à concevoir et conduire des
    projets…tout en portant les valeurs de la
    République. Des principes inscrits dans le rapport
    de la concertation mais hélas qui semblent
    être restés à l’état de voeux pieux...

    Acte III : Essuyer les plâtres.
    Nous voici arrivés en septembre 2013. Les
    ESPE ont accueilli leurs stagiaires dans des
    conditions limites car la mise en place s’est
    faite dans l’urgence et l’improvisation. Même
    le ministre l’a reconnu lorsque, à Toulouse, il
    s’est adressé à eux en leur disant qu’ils
    allaient « essuyer les plâtres ». Pour encourager
    des jeunes, on ne trouve pas meilleure formule.
    Mais ne soyons pas mauvaise langue.

    Et la place des Ceméa dans tout cela ?

    Après avoir tenté d’influencer sur certaines
    positions, le CAPE a quand même obtenu
    d’être cité dans la loi, en tant que « professionnel-
    le-s de terrain » puisqu’ il y est écrit :
    « les ESPE seront animées à la fois par des
    personnels spécialisés dans la formation, des
    universitaires et des personnels de l’Éducation
    nationale, et leurs équipes pédagogiques
    accueilleront un grand nombre de professionnels
    de terrain : personnels enseignants,
    d’inspection et de direction en exercice dans
    le 1er et 2nd degré, intervenants issus de l’éducation
    populaire, de l’éducation culturelle et
    artistique, de l’éducation à la citoyenneté.
    L’expertise de ces professionnels sera un
    apport essentiel au projet pédagogique que
    développeront les ESPE. »(cf education.gouv.fr/projet de loi
    pour la refondation
    ). Il ne nous reste plus qu’à multiplier les démarches, les rendez-
    vous dans nos régions pour obtenir la place qui nous revient parce que nous souhaitons que les ESPE réussissent ce que les IUFM n’avaient pas mis en place, notamment former pédagogiquement aussi bien des personnels
    du 1er que du 2nd degré. Reprenons des forces pour conquérir quelques espaces et transmettre certains de nos principes éducatifs.

    Concernant les métiers de l’éducation :
    - Une culture commune entre les différentes
    professions de l’éducation.
    - Mise en oeuvre de projets ou recherches
    actions pluricatégoriels au cours de la formation.
    - L’élargissement de leur périmètre de formation
    (animation, travail social, santé) en lien avec
    les métiers du champ de l’animation et du
    travail social en partenariat avec les mouvements
    partenaires de l’école publique pour
    plus de complémentarité et de cohérence.
    - La proposition de terrains de stages diversifiés
    en centres sociaux, centres de loisirs, structures
    médicosociales, services éducatifs…
    - Des temps de formation initiale et continue
    conçus avec des associations complémentaires
    de l’école, des parents, des élu-e-s et des
    actrices et acteurs territoriaux, à partir de
    thématiques éducatives communes.

    Concernant le terme même d’éducation.
    La formation doit prendre en compte l’enfant
    et le jeune dans leur globalité en ouvrant aux
    milieux dans lesquels ils évoluent. Des stages,
    tant en formation initiale que continue,
    doivent être proposés hors du champ scolaire ;
    centres sociaux, centres de loisirs, structures
    médicosociales, services éducatifs, services
    sociaux traitant des problématiques de l’enfant
    et de sa famille, en France et hors de France.

    Concernant la pédagogie, les apports et pratiques
    des mouvements pédagogiques, notamment
    d’Éducation nouvelle, l’accompagnement
    éducatif et les activités pédagogiques complémentaires,
    l’aménagement des espaces
    comme tiers pédagogique, l’innovation
    (concepts et pratiques) sont autant de dimensions
    qui doivent être au coeur de la formation
    fondée sur les méthodes actives(Ces différents
    points
    correspondent
    aux amendements
    portés
    par les Ceméa
    lors de
    la séquence
    sénatoriale). Aujourd’hui
    tout reste à faire. Gageons que « le bébé »
    aura besoin des conseils avisés de tous et
    toutes pour grandir même si, après sa naissance
    difficile, ses parents n’en sont pas encore
    convaincus, ni conscients... Rappelons-nous
    d’un temps que les moins de quarante ans ne
    peuvent pas connaître, celui où tous les
    maîtres et maîtresses devaient suivre une
    session de formation Bafa ! Dans son dernier
    livre, Gaby Cohn-Bendit (Gabriel
    Cohn-Bendit
    ,
    Pour une
    autre école.
    Repenser
    l’éducation,
    vite !
    éditions
    Autrement,
    août 2013.), reprend cette idée
    et l’élargit à tous les personnels de l’EN ! Les
    Ceméa ne demanderaient pas mieux.

    Lire également le Dossier spécial de Vers l’Éducation Nouvelle sur Calaméo


    24/10/2013




    La présentation des Ceméa et de leur projet
    Qui sommes-nous ?
    Historique des Ceméa
    Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
    Contactez-nous
    Les Ceméa en action
    Rapports d’activité annuels
    Agenda et évènements
    Collectifs - Agir - Soutenir
    Congrés 2015 - Grenoble
    Prises de position des Ceméa
    Textes et actualités militants
    Groupes d’activités
    Fiches d’activités
    Répertoire de ressources (Archives)
    Textes de références
    Les grands pédagogues
    Sélection de sites partenaires
    Textes du journal officiel
    Liens
    Vers l’Education Nouvelle
    Cahiers de l’Animation
    Vie Sociale et Traitements
    Les Nouveautés
    Télécharger
    le catalogue
    Nos archives en téléchargement
    gratuit
    Commander en ligne
    BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
    FORMATION ANIMATION Professionnelle
    Desjeps
    Dejeps
    Bpjeps
    Bapaat
    Formation courte
    FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
    Éducation spécialisée
    Moniteur éducateur
    Caferius
    Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
    Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
    CURSUS UNIVERSITAIRE
    SANTE MENTALE 2017
    Dans et autour de l’école
    Europe et International
    Les vacances et les loisirs
    Médias, éducation critique et engagement citoyen
    Politiques sociales
    Pratiques culturelles