où se cache le travail en institution ? - 31eme rencontre de Saint Alban

Ces rencontres auront lieu le Vendredi 17 et Samedi 18 juin 2016 et se dérouleront autour de 5 axes : Travailler et être travaillé - Individuel et collectif : le travail - Le travail au ras des pâquerettes - Le travail en territoire occupé. Des forums et des expositions accompagneront également ces rencontres.
( Téléchargez le programme )


Le travail aurait-il perdu toute valeur, tout sens, toute incidence ?

Dans nos établissements-entreprises où tout se mesure, s’étalonne
et s’évalue, la dimension de « travail thérapeutique », avec
sa part d’indéfinissable, est évacuée ; tout l’espace de soin
est rempli jusqu’à saturation par les protocoles, les procédures
et les « bonnes » pratiques avec leur cortège de rigidités
bureaucratiques.
Confrontés à une logique comptable qui s’impose toujours
plus comme seule pensée possible, finirons-nous par devenir
étrangers à nos propres conceptions du travail de soin, avant
d’entrer, vaincus, dans une servitude devenue inéluctable ?
Est-ce qu’asservis par toutes ces normes nous finirons assignés à
occuper un emploi sans avoir à travailler ? Non, résolument non !
C’est pourquoi il est urgent de nous poser cette question :
qu’est-ce qu’être au travail ?
En effet, nos institutions recèlent encore, et souvent bien plus
qu’on ne le croit, des forces vivantes de créativité et de
résistance face à ce système aliénant et à ces processus
enfermants, réducteurs et mortifères.
Dans les lieux de soin nous restons, bien plus que ceux qui nous
administrent ne le voudraient, questionnés, travaillés par ce qui
ne ploie pas devant la normalisation, par ce qui ne veut pas
disparaitre, par ce qui résiste, insiste, ce qui ne s’épuise pas à se
faire entendre envers et contre tout : le Sujet dans sa singularité.
En effet le Sujet, comme Sujet de l’Inconscient, ne se mesure pas,
excède tous les conformismes et échappe à toutes formes de
pouvoir et de savoir qui voudraient le faire taire.
C’est bien parce que la valeur et les effets du travail ne se
réduiront jamais à leur évaluation comptable qu’il faut continuer
à penser le travail comme un lieu d’étonnement et de résistance.
C’est cette inventivité au travail qui peut nous permettre de
ne pas rester sourd à ce qu’énonce avec tant d’insistance
l’inconscient. Car ce sont justement nos limites qui rendent
possible notre mise au travail et les effets thérapeutiques qui
peuvent en résulter. C’est aussi la théorisation des limites de ce
travail qui est aujourd’hui entendue comme l’aveu de notre
impuissance et de notre incompétence par une administration
qui préférerait substituer à l’inventivité subversive du travail le
confort mal rémunéré d’un emploi.
En cherchant où se cache le travail en institution nous retrouverons
certainement une part de notre humanité.

Les institutions on ne fait pas qu’y travailler et c’est pour
cela qu’elles ne sont pas, encore, devenues un espace
concentrationnaire.
Les institutions on ne fait pas qu’y travailler et c’est pour
cela qu’elles ne sont pas, encore, devenues des camps
de rééducation.
Les institutions on ne fait pas qu’y travailler et c’est pour
cela que nous ne sommes pas, encore, les gardiens zélés
d’un nouvel ordre mental.
Ce que nous voulons justement montrer dans cet atelier
c’est que l’institution on ne fait pas qu’y travailler, elle nous
travaille tout autant qu’on y travaille.
Ce que nous voulons soutenir, c’est que le travail en
institution n’a pas comme seul effet la modification
et la transformation psychique des patients mais nous
transforme
Parler pour ne rien dire, agir pour ne rien faire, compter
pour ne rien entendre, écrire pour ne pas exister, gérer pour
ne pas penser, techner pour ne pas douter, protocoliser
pour ne pas accueillir, statistiser pour ne rien comprendre...
et encore, et encore. Fuir pour gagner sa vie, sans être
là, sans être présent à l’autre, sans voir le signe qu’il fait,
sans attention à ce qui se joue. Absence. Le soin en
psychiatrie se fait absence et d’acte en acte « l’économie
de l’incurie » que nous imposent les gestionnaires délite le
fond de notre travail et les liens qui le soutiennent.
Il n’y a pas lieu de désespérer car un champ s’ouvre qui
peut être l’occasion d’imaginer, de réinventer le travail,
un vrai travail qui s’appuie sur le collectif, qui retisse les
liens des personnes pour tisser les liens de la psyché, qui
fait de l’initiative créatrice de l’un l’argument fondateur
de l’autre.
François Tosquelles aimait à rappeler que la psychothérapie
institutionnelle se travaille à ras des pâquerettes, Marie
Depussey intitulait son ouvrage relatant son expérience
à la Clinique de Laborde : « Dieu gît dans les détails »,
J. Oury utilisait fréquemment l’expression de jachère
empruntée à M. Khan qu’il estimait essentielle à tout travail
thérapeutique, comparant par ailleurs la psychothérapie
institutionnelle à une « psychanalyse des champs » qu’il
opposait à la « psychanalyse de ville ».
Nous pourrions filer ainsi la métaphore champêtre.
Et pour ce, convoquer la clinique qui nous invite à nous
incliner modestement sur ce que nous enseignent patients
et personnes accompagnées dans nos espaces de soins
et d’accueil.
Et pour ce, oser revendiquer les libertés buissonnières d’où
s’élaborent nos « savoirs faire discrets » dans l’invention de
« praticables » et d’un quotidien partagé.
Car nous sommes chaque jour convoqué à porter notre
attention sur d’infimes paroles, des gestes d’apparence
anodine, pour soutenir la vie qui insiste au creux des
paysages désolés de la folie ordinaire.
Car nous sommes chaque jour amenés à prendre soin à
tout bout de champ de ce qui nous permet de cultiver
notre jardin, parfois laborieusement, d’où s’accueille ceux
qui battent la campagne afin de prendre langue avec
eux.
Car nous avons à répondre de nos patiences, de nos
méticuleux bricolages, de nos banalités, et à les donner à
entendre pour n’être pas seulement soumis aux logiques
qui nous empêchent de travailler.

Qu’est devenu notre travail depuis que les modes
d’organisation et de contrôle de l’entreprise sont entrés
dans nos institutions, les hôpitaux, les établissements
médico-sociaux ?
Ces dispositifs de gestion et de management s’imposent et
rejettent les façons de penser, de concevoir, de construire,
d’inventer, de mettre en place, d’adapter nos pratiques.
Les territoires dévolus aux soins sont occupés et évidés.
Le travail de soin et le travail social sont littéralement
transformés, désubjectivés et réduits à des protocoles,
enfermés dans des logiques unicistes, technicistes et
utilitaristes : logique de la production pour la production...
Comme le disait déjà le camarade K. Marx : « C’est à
la fois l’objectivité d’autrui (propriété étrangère) et la
subjectivité étrangère (du capital) ». « Avec les caractères
utiles particuliers des produits du travail disparaissent en
même temps et le caractère utile des travaux qui y sont
contenus, et les formes concrètes diverses qui distinguent
une espèce de travail d’une autre espèce. »
Nous y sommes, et nous en restons comme sidérés,
désespérés, impuissants et soumis.
Comment faire ; comment nous situer face à cette
mainmise ; comment ne pas être entièrement pris dans cet
« aliénatoire massif » ?

Jean OURY nous invitait à toujours traiter la « sous-jacence
avant de traiter n’importe quoi ».
Il proposait une définition « provisoire » de la sousjacence.
C’est disait-il comme une sorte de collusion
entre : la surdétermination de l’aliénation sociale, qui
est énorme, nous sommes tous aliénés socialement et la
surdétermination de l’inconscient à laquelle nous sommes
tous soumis.
Et François Tosquelles d’ajouter que « l’aliénation, c’est
peut-être là qu’il y a chez chacun le plus de résistance ».
Alors comment nous soustraire, ne pas nous soumettre
à cet « aliénatoire » et tenter de nous engager dans un
travail de re-subjectivation qui ne provoque pas une
autre forme d’assujettissement ? Pouvons-nous penser des
zones de possibles dans la pratique de chacun et dans les
mouvements du collectif.

Pouvons-nous (ré)inventer une praxis qui briserait la
coque de ces représentations, de la logique unique de
« l’économie restreinte » et de travailler ce qui fait échec
en résistant, en restant et en ne nous laissant plus traités
comme des produits ?
Cette « économie restreinte » traite le travail de
psychothérapie, de rencontres, en l’enfermant dans la
stéréotypie, la transparence et l’homogène, sans qu’il y ait
place pour le reste et la fantaisie.
Ouvrons-nous à un « travail négatif » (François Tosquelles),
un « travail vivant », non-mesurable de l’ordre du Spiel,
du play (Donald Winnicott), du ludus, du jocus (Giorgio
Agamben) c’est-à-dire du jeu. Le jeu, qui construit la
rencontre et la relation à l’autre quel qu’il soit, sur un
territoire désormais libéré !


19/04/2016




La présentation des Ceméa et de leur projet
Qui sommes-nous ?
Historique des Ceméa
Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
Contactez-nous
Les Ceméa en action
Rapports d’activité annuels
Agenda et évènements
Collectifs - Agir - Soutenir
Congrés 2015 - Grenoble
Prises de position des Ceméa
Textes et actualités militants
Groupes d’activités
Fiches d’activités
Répertoire de ressources (Archives)
Textes de références
Les grands pédagogues
Sélection de sites partenaires
Textes du journal officiel
Liens
Vers l’Education Nouvelle
Cahiers de l’Animation
Vie Sociale et Traitements
Les Nouveautés
Télécharger
le catalogue
Nos archives en téléchargement
gratuit
Commander en ligne
BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
FORMATION ANIMATION Professionnelle
Desjeps
Dejeps
Bpjeps
Bapaat
Formation courte
FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
Éducation spécialisée
Moniteur éducateur
Caferius
Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
CURSUS UNIVERSITAIRE
SANTE MENTALE 2017
Dans et autour de l’école
Europe et International
Les vacances et les loisirs
Médias, éducation critique et engagement citoyen
Politiques sociales
Pratiques culturelles