07/07/2016
Animation enjeux actuels
Penser animation et social - Cahiers de l’Animation n°95 " Âgés... mais capables"


Lorsque nous évoquons l’animation, nous y ajoutons aussitôt les publics, nous y associons les projets, nous déclinons souvent les valeurs et les notions d’autonomie, d’émancipation, et sommes assez convaincus d’oeuvrer au sens des loisirs et des vacances. Mais ce tableau bouge fortement.

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La référence au champ socioculturel et l’adhésion aux idéaux de l’Éducation populaire ne suffisent pas à caractériser l’animation. On constate une diversification des métiers, un marquage par des territoires, une accentuation des manières de faire spécifiques selon les publics. L’animation bouge aussi, elle se fait de plus en plus intervention sociale, elle a des affinités avec le travail social, à côté des dispositifs et des programmes d’accompagnement des publics. Ainsi, la question de la parentalité se retrouve-t-elle aussi bien dans le projet d’un centre social que d’un accueil de loisirs périscolaire. Même chose avec l’enjeu à l’accessibilité autour des personnes en situation de handicap pour lesquelles sont décrétées des mesures d’aménagement révélatrices d’un changement social, certes plutôt lent. Ou encore, lorsqu’il est question des maladies de la mémoire concernant principalement les personnes âgées alors que la réponse n’est pas univoquement celle du soin ou de la thérapie. C’est dans cette perspective que s’inscrivent l’histoire et les caractéristiques de l’animation sociale. Une de ces premières apparitions se lit dans l’ouvrage de Saul Alinski, Manuel de l’animateur social, publié en 1971 et traduit en français en 1976. Cette référence peut tromper si nous oublions que l’animation est sociale par essence. Elle s’ancre dans des pratiques et se confronte aux aléas d’une société à un moment donné. Aujourd’hui, à la suite de la loi du 2 janvier 2002, la notion de « vie sociale » vient combler en partie les interrogations surgies autour du lien social. La Cnaf (Caisse nationale des allocations familiales) soutient de nombreux projets et a fait de l’animation de la vie sociale un axe fort de sa politique en direction des équipements.

UNE COHORTE DE DIPLÔMES

Si l’animation sociale est lisible à travers la dénomination socioculturelle et socio-éducative d’institutions, elle se présente depuis longtemps dans la cohorte des diplômes en commençant par le Capase (Certificat d’aptitude à la promotion des activités socio-éducatives). Au tournant des années 1990, le Beatep (premier diplôme professionnel de niveau IV) a une option Activités sociales et vie locale se colorant parfois en « animation personnes âgées ». Ce qui prime alors est la dimension technique, la fonction d’animation signale l’encadrement d’un public, sans spécifier telle catégorie de population. Aujourd’hui, le BP JEPS affirme une spécialité animation sociale. Demain la mention Animation s’affiche dans le domaine Action sociale et Santé tel que le promeut l’Unaforis (Union nationale des associations de formation en intervention sociale) dans une architecture des formations des diplômes en travail social. Le tropisme d’une animation à caractère social dans les milieux de la gérontologie semble marqué par l’amplification des questions liées aux âges, comme en témoigne le problème de la dépendance liée au vieillissement de la population, phénomène inédit en ce début du siècle. Pour les Ceméa, la place de l’animation sociale ne se limite pas au titre ou au référentiel du diplôme. Les travaux menés, dans des colloques ou des journées d’études, au fil des décennies, invitent à penser les acteurs au service d’une transformation sociale. L’animation n’est pas en elle-même qualifiée de sociale pour la mettre au service du social. Les personnes formées en animation portent un regard sur la personne dans sa globalité, sans la définir par ses manques ou ses « anormalités ». Plutôt que d’énoncer les souffrances et les symptômes, qui ne sont pas des chimères, l’approche de la fonction d’animation appliquée à ces publics (fragilisés, dépendants, exclus) ne se distingue pas de celle revendiquée dans les pratiques au sein des centres de vacances, avec les enfants ou les jeunes rencontrés toute l’année, après l’école ou dans les institutions leur garantissant une protection. En clair, l’animation sociale est en construction. Sous l’ombrelle du travail social, l’animation en tant que mouvement, porteur d’idées et de sens, ne peut faire l’impasse d’un questionnement autour de sa fonction – apporter un supplément d’âme seulement étymologique – avec des professionnels présents dans les institutions non plus à côté mais au sein même des équipes. Que l’animation ne se réduise pas à être le relais des politiques sociales, mais réussisse à poser les conditions d’un regard autre et ouvert face aux maux contemporains.

Michel Rebourg




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