L’enjeu des objets connectés pour les tout-petits

L’arrivée des chaînes de télévision pour bébés et la démultiplication des applications sur tablettes avait mobilisé professionnels de l’enfance, chercheurs, associations éducatives et pouvoirs publics avec la recommandation « Pas d’écran avant trois ans ». Aujourd’hui, c’est au tour de nouveaux produits et services connectés souvent directement intégrés dans le matériel de puériculture : body connecté, sucette connectée… Le centre européen des produits de l’enfant de l’université de Poitiers, présidé par Inès de La Ville et soutenu par la Fondation pour l’enfance, en lien avec les Ceméa, a mené un travail d’analyse de cette offre numérique et du discours marketing des principales marques. Sur près de cent produits et services numériques, quatre grandes « classes » répondant à des enjeux similaires sur le plan du développement de l’enfant et de l’accompagnement des parents, ont été repérées.

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Les deux premières rassemblent ceux qui « préparent à l’école » : lecture, calcul, écriture, pensée logique… et les « exhausteurs de créativité » : développer l’imaginaire, créations matérielles, raconter des histoires… Les enjeux sont multiples : validation ou non de la promesse d’apprentissage au regard des recherches en sciences de l’éducation, absence de publicité dans les contenus, implication des parents dans l’activité, enrichissement de l’interaction langagière entre enfant et adulte, combinaison d’activités numériques et traditionnelles, transposition dans le réel de ces activités…

Les deux autres sont plus novatrices. Les Quantified Kids (enfants mesurés) font référence à l’ensemble des dispositifs ayant pour but de mesurer des données propres à un individu : température, battements du coeur, mouvements, sommeil… Ce monitoring à distance pose des questions de santé et de bien-être, mais aussi d’éthique. L’exposition du corps et du cerveau du bébé à des rayonnements radioélectriques ou à des ondes électromagnétiques est néfaste et ces objets collectent des données personnelles dont le traitement, doit être régulé voire interdit. La dernière catégorie correspond aux activités du quotidien : surveiller, communiquer, calmer, favoriser une bonne hygiène, une bonne alimentation ; donc les déplacements de l’enfant, l’organisation de ses activités... Certes, elles ont une fonction de sécurité pour les parents et peuvent être un appui pour un apprentissage de l’autonomie mais elles posent également la question de l’exposition des enfants aux ondes électromagnétiques et la collecte de leurs données personnelles…
Il ressort des recherches menées dans le monde que les controverses sur l’impact des dispositifs numériques sur le développement des jeunes enfants, demeure. Malgré, pour les moins de trois ans, un certain consensus entre professionnels de l’enfance et chercheurs, les retombées sont souvent négatives. L’exposition aux ondes électromagnétiques présente des risques sur le plan de la santé, le code de la Santé publique, la loi « Abeille », la Radio Equipement Directive, l’ANSES… vont dans ce sens. Le principe de précaution doit s’appliquer pour les enfants de moins de trois ans : pas d’exposition précoce donc pas d’objets connectés. Il s’agit de renforcer et systématiser les réglementations à l’échelle des états et de l’Union européenne existantes sur le matériel de puériculture, car l’autorégulation industrielle n’est pas suffisante. Même si la responsabilité des parents est première, on ne peut pas les laisser seuls face à ces enjeux croisés.

Texte intégral in La Famille Tout-écran, ed. Clemi, ed. revue 2019.

Christian Gautellier
directeur de la publication

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