Onmas, Cafemas : jeu de domination dans le champ de l’animation ?
Luc Greffier, maître de conférences, IUT Michel de Montaigne ancien administrateur du Cafemas, militant Ceméa

C’est à l’issue d’un conseil d’administration
mouvementé qui s’est tenu le lundi 10 juin
2013, que le centre d’analyse des formations,
des emplois, des métiers de l’animation
et du sport (Gip Cafemas) a été dissous.
Un arrêté lapidaire, signé en date du 5 juin
par la ministre des Sports, de la Jeunesse,
de l’Éducation populaire et de la Vie associative
et par le ministre délégué auprès
du ministre de l’Économie et des Finances,
chargé du budget en atteste. Cette dissolution
brutale a pris effet au 30 juin 2013.
Outre la dimension autocratique de la
décision, non discutée avec les partenaires
membres du Cafemas, il semble légitime
de s’interroger sur les enjeux de cette
abrogation.

article paru dans la Revue Vers l’Éducation Nouvelle n°552, Voir le sommaire et commander le numéro

Tout d’abord, il faut dire que le Gip
Cafemas, créé pour une période de huit
ans par arrêté du 29 avril 2011, n’aura
vécu que deux petites années. Ce Gip avait
pris le relais de l’Observatoire national des
métiers de l’animation et du sport (Onmas).
Cet observatoire, lui-même créé par l’arrêté
du 8 mars 2002 a vu le jour à l’issue de
longues discussions entre le ministère de
la Jeunesse et des Sports (Marie-Georges
Buffet à l’époque), le ministère de l’Éducation
nationale (Jack Lang), les branches
professionnelles et des représentants du
monde universitaire.

Piloté par un conseil d’administration composé
de dix-huit membres répartis en trois
collèges (celui des pouvoirs publics, le Ministère de
la Jeunesse
et des Sports
et ministère
de l’Éducation
nationale., celui
des partenaires sociaux et celui des personnalités personnalités
qualifiées), cet observatoire
s’était donné pour principales missions de
recueillir et synthétiser l’ensemble des
données disponibles concernant l’adéquation
emploi-formations dans les domaines
du sport et de l’animation, de proposer des
analyses prospectives et soumettre des
propositions permettant l’amélioration de
cette adéquation emploi-formations.

Au cours de la période 2002–2005, l’Onmas
a participé à nombreuses études dont
celle relative aux métiers de l’animation
de niveau 3 et 2 (université de Rouen et
Credoc) ou encore celle relative à l’analyse
des besoins des partenaires sociaux de
l’animation – CPNEF animation. L’Onmas a
été également présent dans de nombreux
colloque tels : « Branche et territoire »
(CPNEF), « l’Animation à quoi sert-elle ? »
(PPOA-DRDJS 34). À l’issue de cette période,
l’Onmas s’est investi dans la réalisation
d’un ouvrage collectif Vers les métiers de
l’animation et du sport
 : la transition professionnelle
Publié à la Documentation française -2005- dirigé par Jean-Pierre Augustin
– professeur d’université à Bordeaux, spécialiste
de l’animation et du sport, président
de l’Onmas. Après une évocation historique
de l’émergence d’une société de loisirs et
les prémices de la professionnalisation de
l’animation et du sport, cet ouvrage
collectif (plus de vingt contributeurs)
propose une réflexion approfondie dans
les champs concernés et se veut une
entrée en matière pour comprendre comment
s’organisent les négociations autour
de la constitution des métiers.

À l’issue de cette période, un second Onmas
(2006–2010) a poursuivi les chantiers engagés,
toujours sous la présidence de Jean-Pierre
Augustin accompagné par la venue d’un
nouveau secrétaire général Jean-Louis Gouju
(maître de conférences en STAPS et sciences
de l’éducation). L’Onmas 2 a mené à bien
différents travaux tels que le recensement
de l’ensemble des formations aux métiers de
l’animation et du sport (diplômes, institutions,
lieux) ; l’identification des passerelles et des
transferts possibles entre les nombreuses
certifications existantes ; la mise en cohérence
des certifications avec le cadre européen…

Deux grandes missions
En 2010, alors que l’Observatoire n’avait plus
d’existence officielle, un pugnace et patient
travail de conviction a été conduit en particulier
par le président et le secrétaire général
de l’Onmas pour finalement aboutir à la
création au mois avril 2011 du Gip Cafemas.
Celui-ci associait statutairement l’État( Ministère
des Sports, de
la Jeunesse,
de l’Éducation
populaire et de
la Vie associative
et ministère de
l’Enseignement
supérieur et de
la Recherche.) et
différents partenaires socioprofessionnels :
le comité national olympique et sportif
français (CNOSF), le fonds commun d’aide au
paritarisme pour la convention collective
nationale de l’animation, le fonds d’aide au
développement du paritarisme pour la convention
collective nationale du sport, le comité
pour les relations nationales et internationales
des associations de jeunesse et d’Éducation
populaire (Cnajep). L’association des Régions
de France (ARF), sans être membre, a contribué
financièrement et a participé aux travaux
par l’intermédiaire d’une convention. Ce
statut de Gip a conféré au Cafemas, au
regard de la dimension collégiale qu’il
induisait, une plus grande indépendance des
tutelles ministérielles. En effet, celui-ci était
piloté par un conseil d’administration dans
lequel les dix-huit pouvoirs se répartissaient
ainsi : ministère de l’Enseignement supérieur
(4 voix), ministère des Sports (4 voix),
ministère de la Jeunesse (2 voix), Cnajep
(2 voix), Cnosf (2 voix), branche de l’animation
(2 voix), branche du sport (2 voix).
L’objet central du Cafemas était la relation
entre l’emploi, les métiers, les certifications
et les formations dans les champs de l’animation
et de l’activité physique et sportive.
Il en découlait deux grandes missions (Voir aussi
www.cafemas.fr->www.cafemas.fr).

Une mission de synthèse
des données existantes

– Recueillir et synthétiser les résultats obtenus
par toutes les structures régionales, nationales
ou européennes sur les sujets à étudier ;
– commanditer ou collaborer à des études
complémentaires au cas où des données
importantes seraient encore manquantes
pour l’éclairage et la bonne appréhension de
ce qui est étudié ;
– construire les outils méthodologiques et
techniques du recueil, de la synthèse et de la
conservation des données sous des formes
accessibles en permanence aux partenaires
et permettant une mise à jour ultérieure la
plus aisée possible.

Une mission d’étude et de diagnostic
de la relation emplois–métiers–formations
(EMF) afin d’aider aux décisions

– Analyser l’ensemble des paramètres en jeu
dans la relation emploi-formation ;
– organiser les collaborations pour que les
diagnostics soient les plus partagés possibles ;
– intégrer les éléments de prospective ; formuler
des hypothèses d’actions, des recommandations.

Le Cafemas a publié des observations très
poussées dans le domaine de l’emploi et des
métiers. Il a livré, entre autres, sous la
conduite de Jean-Louis Gouju et Philippe
Segrestan, un remarquable travail présentant
un « Panorama des situations professionnelles
du champ de l’animation
 »

Alors que la qualité des travaux du Cafemas
était reconnue par l’ensemble des partenaires,
le ministère des Sports a fait le choix
d’abroger le Gip. La dissolution de cette instance,
a fait réagir vivement les membres
non étatiques du conseil d’administration,
mais également de nombreux acteurs impliqués
dans les champs concernés, la dimension
« scandaleuse » de l’opération étant souvent
mise en avant.

Une raison politique

En effet, c’est sous couvert d’économies
budgétaires que le ministère de la Jeunesse
et des Sports a argumenté sa décision unilatérale
alors que le budget global du Cafemas
était équilibré en 2011 sur la base d’un peu
moins de 700 000 euros : plus de la moitié
étant liée à des mises à disposition de personnels
de la part des ministères engagés,
sur la moitié restante, 35% (130 000 ⇔)
étaient financés par l’État et 65% (240 000⇔)
par les autres partenaires.

En regard de la modicité des sommes mobilisées,
les arguments d’économies financières
présentés pour motiver la dissolution apparaissent
peu convaincants, d’autant plus
qu’ils ont été complétés par l’annonce de la
poursuite des activités au sein du ministère
des Sports et de la Jeunesse.

Autrement dit, il s’agit de faire mieux tout
seul, tout en se privant d’un financement
paritaire. En fait, la raison n’est évidemment
pas économique mais plutôt politique pour
un ministère qui oeuvre avant tout pour
défendre son « territoire » de la formation,
un ministère qui n’a pas encore digéré la
rénovation de ses diplômes et qui ressent
au plus mal le développement de l’offre
des formations universitaires d’une part et
des certificats de qualification professionnelle
d’autre part. On peut à ce titre vivement
regretter la disparition du seul dispositif
capable de développer des études pertinentes
à l’échelle nationale tout en donnant un
cadre de travail pour des recherches plus
territorialisées, le seul outil capable également
d’agréger des données régionales afin de
livrer des panoramas plus globaux. Espérons
que les acteurs de l’animation et du sport
puissent trouver une solution pour maintenir
sous une forme ou une autre cet outil indispensable,
qui depuis 2002 a fait un travail
remarquable d’élucidation de ces deux champs
complexes.


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