Animation volontaire, enjeux actuels
Le jardin planétaire
Laurent Michel

La terre est bleue comme une orange, écrivait Eluard.
C’est le pouvoir du langage poétique que de proposer
en une formule un condensé d’images. Le jardin planétaire,
imaginé par le jardinier-paysagiste Gilles Clément
emprunte à ce registre. Le jardin, haut lieu d’humanité, fait avec la nature.
Le jardin, étendu à l’échelle planétaire, nous questionne du local au global.

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Mais où est le jardinier ? Est-ce qu’il dort ? », demandait
une chanson il y a quelques années. Elle questionnait à
sa manière l’état de la planète, pointant une étonnante
absence pour affronter les dérégulations environnementales.
La prise de conscience a fait du chemin et souvent
plus rapidement que la mise en oeuvre de mesures
suffisantes. L’écologie n’est plus une opinion mais
une nécessité commune à l’espèce humaine si elle est
comprise comme la relation de l’homme à son environnement,
si elle permet aux hommes de mesurer leur responsabilité
particulière pour ne pas mettre plus longtemps
en cause leur milieu de vie.

MAIS QUE DIT LE JARDINIER ?

Par ses créations et ses réflexions, Gilles Clément, paysagiste-
jardinier, est l’un de ceux qui a vulgarisé l’idée du
Jardin planétaire. Au-delà de la métaphore poétique vitale
pour ré-enchanter le monde, il nous donne à comprendre
l’écosystème planétaire. « Si le monde fonctionne comme
un tout vivant et fini, limité par les frontières de la biosphère,
alors il se trouve exactement dans la condition du jardin : un lieu fermé, autonome et fragile, dans lequel
chaque élément interfère sur l’ensemble et l’ensemble
agit sur chacun des êtres
. » Les jardins de
Gilles Clément intègrent ces interférences dans un
jardin en mouvement. Les graines sont disséminées
par le vent, les animaux, les hommes... Le jardinier
doit se servir de ce mouvement comme d’une force
et « faire le plus possible avec, le moins possible
contre ». Ses créations, comme le parc Henri-
Matisse à Lille ou les jardins du Rayol sur les bords
de la Méditerranée font une place aux « mauvaises
herbes
 ». Gilles Clément réfléchit la place de
la friche, du territoire délaissé comme un réservoir
de possibles pour la diversité. Ainsi la friche, le tiers paysage
comme il la nomme, entre en dynamique
avec les espaces soumis à la main de l’homme, dans
un équilibre changeant mais limité aux capacités du
jardin planétaire. « La pérennité du tiers-paysage est
liée au nombre humain et surtout aux pratiques
mises en oeuvre par ce nombre.
 » Cette approche
de l’écosystème par le jardin confère à l’homme une
place et un rôle particulier. Il n’est pas question
d’une écologie centrée sur la préservation de l’environnement
contre les hommes, une écologie,
caprice d’occidentaux plus soucieux des « petits
oiseaux » que de la condition humaine. Qu’y a-t-il
de plus humain que le jardin ? « La nature invente,
certes, mais elle n’invente pas isolément. L’homme
en fait partie. Et l’homme dans son immense propension
au rêve est le meilleur magicien de la Terre.
Il accélère les processus de transformation et parfois
il en crée de nouveaux. Accepte-t-il aussi d’en être
le jardinier, c’est-à -dire le gardien ?
 »

LE PRINTEMPS
DES JARDINS COLLECTIFS

Depuis une vingtaine d’années, les jardins collectifs
connaissent un regain de faveur. L’acuité des
préoccupations environnementales n’est pas
étrangère à ce renouveau. Tout particulièrement
lorsque celles-ci rejaillissent dans notre assiette :
les fruits et légumes insipides et chers, le doute
quant aux qualités nutritionnelles et sanitaires
des produits achetés. Mais les jardins collectifs
témoignent aussi d’une tentative de réappropriation
du social. Raccourcir les distances du champ
à l’assiette tout autant que les processus de décision.
Le jardin, dans sa pratique collective, est
l’occasion de faire avec les autres et de sortir
pour se rencontrer, au pied de son immeuble, à
la maison de quartier, au plus près de chez soi
mais dans une compréhension globale de son
environnement. Héritiers des jardins ouvriers du
XIXe siècle, les jardins collectifs se développent
sous de nombreuses formes. En parcelles individuelles
au sein de jardins familiaux ou de manière
plus collective au sein de jardins partagés mais
aussi sous la forme de jardins d’insertion, tels
les jardins du coeur ou les jardins de cocagne, ou
encore à volonté plus pédagogique dans
les écoles ou les centres de loisirs. Territoire de
réappropriation, il y pousse autant de cultures
potagères que de lien social. C’est pourquoi
le jardin intéresse les animateurs, jardiniers du
vivre-ensemble.

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