Introduction au dossier du VEN n° 563 : "Tony Lainé : actualité d’une influence majeure".
Dominique Besnard

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Tony Lainé, psychiatre, psychanalyste, citoyen engagé mais aussi homme de télévision et
poète de l’âme humaine ; ses livres et ses films ont dépassé largement les seuils des établissements
spécialisés. Trop tôt disparu (1992), il nous a laissé une oeuvre écrite et filmée
importante et aujourd’hui méconnue, qui près de vingt-cinq ans après porte encore toute
sa pertinence. Tony Lainé a toujours pensé que la souffrance psychique, la folie
interrogeait le rapport à la politique, autrement dit la place de chacun dans la société et
la culture qui fait l’humanité : « J’ai toujours refusé de considérer la folie comme un
monde à part, ce qui est la meilleure manière de n’en rien voir. Au contraire, j’ai
délibérément choisi d’aider a priori ceux qui sont dits « fous » à recouvrer avec tous leurs
droits, une place dans la communauté. C’est alors que s’est imposée à moi la conviction
que la folie témoigne toujours d’un sens vivant et que la différence établie entre le statut
social du fou et celui du « normal » est une imposture. » Extrait de l’introduction du livre
Le petit Donneur d’offrandes, 1981.
Il a été un psychiatre, toujours attentif au respect de la dignité de la personne
et agissant pour que les soins prodigués apaisent les maux mais n’anéantissent pas
les expressions sous quelque forme que ce soit. Il a été de ceux qui ont toujours considéré
les parents comme des co-partenaires des soins apportés et avec qui il est indispensable
de travailler dans une écoute bienveillante. Il a – et son action l’a sans cesse démontré,
eu à coeur de soigner ces enfants en ne les privant pas d’une vie sociale contributive
de la qualité de la prise en charge.
Pionnier de la psychiatrie pour les enfants, il a été avec ses équipes dès les années
Soixante-dix, à l’initiative des premières structures d’accueil inscrites dans le tissu social
et ouverte sur la ville, en lien permanent avec les autres lieux d’accueil que sont l’école,
les centres de loisirs, les crèches. De même les activités culturelles et artistiques étaient
pour lui partie entière du soin, car ouvrant des voies à la créativité et à l’expression de soi
signe de vie. Il n’envisageait pas le travail d’attention et d’accueil de la folie autrement
que collectivement par le partage et les initiatives de chacun, soignants ou non. Engagés
les professionnels se devaient d’être formés en continu pour parfaire leurs savoirs et comprendre
la position d’humilité qui est la leur dans le cheminement du soin. C’est ainsi que la rencontre avec les Ceméa s’est opérée à Poitiers pour son premier poste dans les années
Soixante. Les activités de son service, les fêtes, le journal se faisaient en lien étroit avec les
équipes des Ceméa et les soignants fréquentaient régulièrement les stages tout comme Tony
Lainé qui en devint l’un des intervenants.
Cette constante attention à l’autre l’a entraîné à beaucoup écrire non seulement sur son
métier et les pathologies mentales, mais aussi sur l’éducation, le handicap, la citoyenneté,
l’activité, la société dans son organisation. Aujourd’hui, en ces temps troublés de notre société
touchée dans ses assises, sans grand projet et vision d’un monde à venir, autre que celui
renforçant les réponses sécuritaires au détriment des perspectives éducatives, sociales et
culturelles ambitieuses ; un monde énoncé comme menaçant dans lequel les plus fragiles
et les moins adaptés se voient exclus ou relégués, il nous a semblé nécessaire de revisiter
la pensée et les préconisations d’un homme comme Tony Lainé. Ce n’est pas qu’une pensée de
spécialiste, elle s’ouvre sur la société, l’éducation et la culture. L’oeuvre de ce pionnier de la
psychiatrie de l’enfant qu’était Tony Lainé, soucieux de transmettre sa pratique, son éthique
et son amour de l’humain, garde toute sa fécondité.
Dans le droit fil du colloque organisé les 14 et 15 novembre 2014 à la cité des sciences
par l’API (association des psychiatres infanto-juvéniles) et les Ceméa, La Raison du plus fou,
Tony Lainé, penser la psychiatrie aujourd’hui, ce dossier se veut comme une invitation et
une incitation pour tous les éducateurs, les citoyens qui ne se résignent pas, les militants
de l’Éducation nouvelle, à découvrir, redécouvrir et s’approprier des éléments de compréhension
du monde pour une transformation plus égalitaire des relations entre les hommes,
une société en résistance à l’envahissement des dominations.

Dominique Besnard, Psychologue, et membre des CEMÉA
Membres du collectif des 39

Les actes
du colloque
La Raison du plus
fou, Tony Lainé,
penser
la psychiatrie
aujourd’hui :

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