VEN566 - Éducation nouvelle à l’école publique
De la dépressivité individuelle à l’aspiration au pire pour tous
André Sirota, Président des Ceméa

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La complexification continue du monde et l’interdépendance qui se généralise entre
ses différents territoires créent beaucoup d’incertitude et fabriquent bien des inconnues,
rendant l’avenir imprévisible. Cette imprévisibilité réveille chez bon nombre des angoisses
et des fantasmes que l’on appelle archaïques. Ils rendent disponibles pour croire à
des bonimenteurs habiles à manipuler le besoin d’illusion du tout petit enfant qui persiste
en nous et reste apeuré devant l’inconnu.
Les hâbleurs démagogues, qui ne peuvent conduire qu’au pire, trouvent des électeurs
et donc des âmes manipulables disponibles pour faire semblant de les croire et de voter
pour eux. D’où vient cette aspiration inconsciente — ou pour partie consciente — et
récurrente au pire, pour tous et pour l’humanité entière ?
Ceux qui sont plus malmenés que d’autres par la vie, parce qu’ils n’ont pas aisément accès
à des rencontres et à des paroles échangées avec d’autres qui leur permettraient de faire
quelques pas vers une certaine compréhension du monde, prenant en compte
sa multiplicité et sa complexité, peuvent se laisser aspirer par la spirale du pire, en
précipitant le monde entier dans un gouffre. En effet, au fond de sa psyché, un être humain
peut être tenté par le raisonnement terrifiant suivant : puisque le meilleur n’est pas
possible, créons le chaos et la mortification pour tous. Nous savons très bien où mènent
ces pulsions destructrices qui sont le moteur des régimes autoritaires.
C’est pourquoi, il n’est pas de politique publique plus urgente que celle fondée sur
un travail patient de pensée pour comprendre ce qui a conduit une partie de la population
dans une dépressivité massive qui peut provoquer bien des maladies, ou des désirs d’en finir
avec la vie, ou qui peut lever les interdits fondamentaux et libérer des pulsions meurtrières
et pousser vers l’adhésion à des mouvements ou à des politiques qui, en définitive, ne sont
animés que par de la destructivité, tournée contre soi ou contre les autres, ou la culture,
ou les trois.
C’est pourquoi, il faut travailler à changer complètement notre conception de l’éducation
tant en famille qu’à l’école, à changer complètement nos représentations des rôles
de professeur, d’éducateur, de parent, en développant en nous notre capacité de sollicitude
et de transmission de celle-ci, afin que chaque enfant en ait l’expérience collective,
la ressente et forge en lui sa sensibilité à lui-même et à autrui et comprenne que, malgré
les difficultés, la vie vaut la peine d’être vécue avec les autres et non pas sans les autres
et contre les autres. Pour cela, il faut commencer à renoncer à l’Homo statisticus virtuel et
fictif, à l’individu-masse et à s’intéresser à chaque être humain réel et singulier

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