Lutter contre le déterminisme social
Alors que la pauvreté ne cesse d'augmenter, écoutons celles et ceux qui à l'école refusent le fatalisme de l'exclusion. Un projet pédagogique et politique.
Extrait du VEN n°601
À retrouver dans le n°601 de la revue Vers l'Education Nouvelle, un point de vue sur la question du déterminisme social. Quels leviers pour en finir avec l'exclusion des enfants pauvres ? À l'Institut de France, des chercheurs et chercheuses, enseignant·es et parents issus de la grande pauvreté se sont réunis lors d'un colloque.
En janvier dernier, à l’Institut de France, s’est tenu un colloque qui réunissait des chercheuses et des chercheurs, des enseignant·es et des parents issus de la grande pauvreté. Durant cinq ans, les unes et les autres avaient participé à une recherche participative (Choisir l’inclusion pour éviter la ségrégation) qui visait à identifier les leviers pour en finir enfin avec l’exclusion des enfants pauvres. À cette occasion, Jean-Paul Delahaye, ancien directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco), dressait ce constat amer : « Rien n’a changé depuis 30 ans, la résistance à la démocratisation sociale continue. » Pourtant, poursuivait-il, les codes de l’éducation de 2005, 2013 et 2019 n’ont cessé d’affirmer que le « service public contribue à lutter contre l’inégalité des chances », « veille à la mixité sociale pour garantir la mixité de tous et toutes » et « reconnaît que tous les enfants ont la capacité d’apprendre ». Mais l’école maintient les fractures, et les choix politiques empêchent de construire « une école de la réussite pour tous » qui permette à tous ses enfants de devenir un jour des citoyens et des citoyennes pleinement inséré·es dans la société.
Des témoignages précieux
Durant cette journée, à la tribune, des militants et militantes ATD Quart Monde ont partagé leurs conseils : créer une relation de confiance avec les parents en les informant des programmes et des progrès de leur enfant, en leur permettant de participer à l’élaboration des projets, mais également « apprendre à se connaître et donc sortir de la peur de l’autre qu’on ne connaît pas ». Des enseignantes purent aussi partager ces idées qu’elles avaient mises en place dans leur établissement : favoriser les entretiens individuels en début d’année, organiser des moments informels comme les cafés des parents, présenter le travail qui est fait en classe, rassurer les parents sur le fait qu’ils sont les premiers éducateurs de leur enfant, savent ce qu’il aime, à quoi il joue, quand il se sent bien ou mal ; expliciter, coopérer, développer la parité d’estime (on n’est pas à égalité par rapport au savoir, mais on est co-éducateurs, on doit se connaître et se reconnaître), mieux accueillir, organiser à l’école des jeux de société avec les parents et les enfants, multiplier les canaux de communication et les supports (pictogrammes, photos, etc.), réfléchir avec les enfants sur ce qu’ils ont appris dans la journée et veulent transmettre à leurs parents, organiser des marchés des connaissances et valoriser les savoirs familiaux dont les langues maternelles des enfants, etc.
Considérer l’autre, un impératif
Ces recommandations ne surprendront pas les pédagogues de l’Éducation nouvelle qui ont à cœur déjà de lutter contre les exclusions par des pratiques inclusives où la considération tient une place centrale. Mais venant des premier·es concerné·es pour avoir subi de plein fouet l’exclusion, ces propositions ne peuvent que remobiliser, inviter à se former1 pour lutter contre les stéréotypes qui figent les personnes dans des représentations stigmatisantes et limitantes. L’occasion aussi de réaffirmer ce à quoi toute relation humaine devrait nous appeler : regarder chaque personne, enfant ou adulte, comme porteuse d’un projet et d’un désir singuliers, lui donner la parole et croire en son éducabilité. Un projet qui dépasse largement l’école, mais ne l’exempte pas de cette mission.
Les Ceméa s'engagent
Les Ceméa luttent contre le déterminisme social et s'emparent d'autres enjeux de société. La revue "Vers l'éducation nouvelle" en témoigne, notamment à travers cet article publié dans le numéro du printemps 2026.
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