Alerte sur l'avenir de la Solidarité Internationale
Cette démarche collective exprime une préoccupation pour défendre les moyens alloués à la solidarité internationale et alerter sur le renforcement des dispositifs de contrôle imposés aux associations. Découvrez le contenu de la lettre
État d’urgence pour la solidarité internationale
Lettre ouverte à l’attention de Monsieur Sébastien Lecornu, Premier ministre, sur les engagements de la France à travers son aide publique au développement et sa société civile.
Paris, le 29 juin 2026
Monsieur le Premier ministre,
Depuis deux ans, votre gouvernement et vos prédécesseurs sont responsables d’un désengagement massif de la France en matière de solidarité internationale. Notre pays affaiblit ses capacités d’action et recule sur ses valeurs humanistes. Les réductions budgétaires massives qui ont déjà eu lieu, et qui s’ajoutent notamment à celles des États-Unis depuis l’arrivée de M. Trump, font prendre le risque à elles seules de causer plus de 3,5 millions de décès supplémentaires1 d’ici à 2030. Elles contribuent de plus à accélérer dangereusement divers déséquilibres mondiaux ; nous en percevons déjà les prémices, notamment à travers la gestion de l’épidémie d’Ébola.
Le 29 janvier dernier, le Gouvernement a fait adopter des crédits budgétaires pour la mission aide publique au développement (APD) de 3,6 milliards d’euros, soit une baisse de 59 % à périmètre constant par rapport à 2024 — une diminution sans précédent pour l’APD. Lors de l’examen du projet de loi de finances, de nombreux parlementaires de sensibilités variées ont pourtant souligné l’importance de préserver ces crédits, en particulier ceux destinés aux organisations de la société civile. Leurs mobilisations n’ont pas été entendues.
Cinq mois après cette adoption, nous, organisations de solidarité et parlementaires, souhaitons exprimer notre plus vive inquiétude face au blocage persistant des crédits de l’APD, et plus particulièrement de ceux destinés à la société civile. Cette inquiétude est encore renforcée par votre instruction adressée le 16 juin dernier aux ministères et agences en charge de cette politique, annonçant une « revue stratégique » ainsi qu’une centralisation des arbitrages relatifs à tout nouvel engagement financier de l’État. Ces blocages à répétition depuis l’adoption du budget prolongent les incertitudes entourant l’engagement de crédits pourtant votés et font craindre de nouveaux arbitrages défavorables.
La mission APD a déjà très largement contribué à l’effort budgétaire, plus que toute autre. C’est pourquoi nous ne pouvons nous résoudre à ce qu’elle fasse l’objet de nouveaux blocages et d’ajustements, qui se feraient au détriment des populations les plus vulnérables et du tissu associatif français. Ce dernier est déjà fortement fragilisé : en 2025, 1 282 projets ont dû être réduits ou abandonnés, et plus de 10 000 emplois supprimés. À ce jour, 75 associations voient leurs actions directement menacées par le blocage des financements, compromettant parfois leur existence même, malgré les engagements pris le 6 juin dernier par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères quant au déblocage des crédits inscrits en LFI.
Ces évolutions sont à rebours des engagements internationaux de la France. À l’occasion du sommet du G7 à Évian, les chefs d’État et de gouvernement ont rappelé le rôle stratégique de l’aide publique au développement et de la société civile. Ces positions s’inscrivent dans l’esprit de la loi du 4 août 2021 relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, adoptée à l’unanimité par le Parlement. De plus, vous rappeliez vous-même, dans votre courrier du 16 juin, que « l’aide publique au développement constitue un engagement majeur de la France pour le soutien au développement des pays les moins favorisés ».
Dans ce contexte, nous vous appelons à procéder au déblocage des crédits votés, en particulier ceux destinés à la société civile, et à clarifier dans les plus brefs délais les orientations et les modalités de pilotage de la politique d’APD.
Nous souhaitons vous rappeler que l’aide publique au développement doit, avant toute autre considération, répondre aux besoins des populations les plus vulnérables, conformément aux engagements nationaux et internationaux de la France. Dans ces conditions, elle joue également un rôle essentiel pour notre sécurité collective face aux crises humanitaires, sanitaires et climatiques.
Nous vous exprimons par ailleurs nos attentes concernant la préparation du budget 2027, afin que la mission APD soit dotée des moyens adéquats pour permettre à la France de prendre sa juste part dans l’effort collectif de solidarité internationale.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération.
Signataires
Plus de 145 parlementaires et 400 membres de la société civile ont signé cette lettre.